Les CMS

Les variétés de choux à CMS*: qu’est ce que c’est ?
(*CMS veut dire : Cytoplasmic Male Stérility : Stérilité Mâle Cytoplasmique en français)

Depuis quelques années des variétés de choux et endives hybrides à CMS (Stérilité Mâle Cytoplasmique) font leur apparition en AB. Issues de méthodes biotechnologiques modernes, elles montrent que la définition d’OGM n’est ici qu’une interprétation de probabilités. Au cœur du débat sur les méthodes de sélection acceptables en Agriculture Biologique, le refus des CMS mobilise de plus en plus d’acteurs au sein de la filière AB européenne.
Les producteurs bretons regroupés sous la marque BIOBREIZH ont déjà choisi de bannir les variétés CMS de leurs fermes depuis 2002.

Rappels botaniques

Chez le chou-fleur les fleurs sont à la fois mâle (les étamines avec le pollen) et femelle (pistil et ovules). Pour éviter la consanguinité, il y a rarement fécondation entre le pollen et l’ovule d’une même plante : il n’y a pas d’autofécondation (on dit que le chou-fleur est allogame (allo=l’autre)). Le phénomène biologique assurant l’allogamie est l’auto-incompatibilité, système de type immunitaire qui induit la non-reconnaissance de son propre pollen par le pistil de la plante. Il garantit ainsi un bon brassage génétique. La nature prévoyant souvent des systèmes de secours, cette auto-incompatibilité du chou-fleur n’est pas fiable à 100% : il existe toujours une part d’autofécondation, où pollen et ovule d’une même plante peuvent se féconder.

La production de semences hybrides …

En production de semence de chou-fleur hybride (F1), on cherche à obtenir des plantes identiques : c’est le principe même de l’hybride, homogène et régulier. On croise deux lignées pures (une lignée A dite femelle qui portera les graines et une lignée B dite mâle qui féconde avec son pollen). Le résultat du croisement est l’hybride recherché (qui associe les meilleurs caractères des 2 parents A et B).
Malheureusement pour le sélectionneur il y a toujours un peu d’autofécondation (le pollen A féconde un ovule A). C’est le fameux système de secours qui vient perturber les plans du producteur de semences.

…ne marche pas à tous les coups

Les graines puis les plantes issues de cette autofécondation sont des « déchets » car elles ne correspondent pas au type recherché (elles sont chétives car très consanguines). Mais allez donc distinguer ces graines « déchets » des autres bonnes graines d’hybride F1 ! Dans un sachet de graines de chou-fleur hybride F1 il y donc toujours un pourcentage de « hors-types » ou « inbreds ».
Pour remédier à ce problème, une solution a germé dans l’esprit des chercheurs : puisque c’est le pollen de la lignée A qui vient jouer les trouble-fête, il faut le rendre stérile, et donc inapte à fécondation. Cette castration doit être sans faille et sûre à 100%. Elle n’existe pas à l’état naturel chez le chou-fleur. Il faut donc l’y introduire, de force.

La CMS est un phénomène naturel…sauf chez le chou-fleur

La Stérilité mâle cytoplasmique est un des systèmes naturels qui existe chez certaines plantes pour éviter trop de consanguinité (oignon, carotte). Elle se traduit par des grains de pollen mal formés, donc stériles. En parallèle de ce phénomène naturel de stérilité, il existe toujours le système de secours (expliqué plus haut) qui permet de rétablir la fécondité du pollen en cas de besoin.
Elle est dite cytoplasmique car les gènes régulant la stérilité se trouvent non pas dans le noyau mais dans le liquide baignant la cellule, le cytoplasme.

Le donneur : le radis japonais

La CMS n’existant pas à l’état naturel chez le chou-fleur, les sélectionneurs sont allés la chercher chez un radis japonais, un cousin du chou-fleur, suffisamment éloigné tout de même pour que le croisement Radis/Chou-fleur ne se fasse pas naturellement dans de bonnes conditions.
Après maintes péripéties, fécondation forcée, sauvetage d’embryon in vitro, la CMS est introduite dans le Chou-Fleur. En cours de route le Chou-fleur a perdu pas mal de vitalité : manque de chlorophylle, fleurs mal formées…. Il a donc fallu le « revigorer. »

Fusion de protoplastes*
Afin de redonner de la « couleur » au chou-fleur, on a réalisé une fusion de protoplastes : on a fait fusionner in vitro une cellule de chou-fleur porteuse de la CMS avec une autre cellule contenant les éléments vitaux perdus en cours de route. On a ainsi obtenu un chou-fleur en bonne santé ayant intégré la CMS : c’était le but recherché.
* un protosplaste est une cellule végétale qui a été débarrassée de sa paroi externe, afin de permettre la fusion avec une autre cellule.

Aux frontières de l’OGM

Les choux-fleurs à stérilité mâle cytoplasmique ne sont pas à la lecture des textes européens des OGM. En effet la fusion de protoplastes est considérée comme une technique « génétiquement modifiante » à la condition que le produit issu de la fusion ne puisse pas être obtenu par des méthodes naturelles.
Dans notre cas, il existe une probabilité, théorique, infime, d’obtenir le même résultat naturellement. Personne n’a osé évaluer le coût d’une telle pirouette botanique avec des méthodes de sélection « classiques ». C’est en théorie possible, d’après les entreprises semencières, donc non OGM, c’est ce qui compte. … !

 

Le monde de la bio se positionne

L’exemple des choux-fleurs à CMS est un des exemples concrets qui illustre le dossier des techniques de sélection variétale acceptables en Agriculture Biologique. Parmi les techniques classiques et modernes de sélection, quelles sont celles qui sont acceptables en AB, et celles à bannir ?
En 2000, date à laquelle les bios bretons ont découvert les crucifères CMS, un consortium de chercheurs européens en AB (Louis Bolk Institute, FIBL…) avait commencé à trier les méthodes de sélection acceptables en bio. Parmi les techniques à proscrire figuraient notamment la fusion de protoplastes et la CMS artificielle.
Une décennie plus tard bon nombre d’acteurs historique de l’AB se sont positionnés contre les CMS (IFOAM, Demeter, Naturland, Bioland…) ainsi que certaines filières économiques (Biocoop, Carrefour…).

La vigilance s’impose

Les producteurs BioBreizh se sont déjà positionnés depuis 2000 en s’interdisant les variétés CMS. Il existe une liste positive réactualisée tous les ans. Intiative Bio Bretgane s’est également positionnée en demandant à ses adhérents de ne pas utiliser les variétés issues de cette technique.
La majorité des maisons grainières s’engage dans la voie de la CMS. Demain la majorité des variétés commerciales de chou-fleur le sera…Il est donc primordial pour les bios de reprendre en main la sélection de leurs variétés, via notamment par la maintenance et la multiplication de variétés fermières, de terroir, et l’utilisation de variétés commerciales non CMS (certaines entreprises semencières comme Bejo ou Vitalis se sont positionnées contre).

La filière Bio devra se positionner. Dans la logique des pionniers, les paysans regroupés sous la marque BIOBREIZH ont déjà choisi.

Biobreizh
Refuse les variétés issues des biotechnologiques (CMS, NBT,…)

Afin de préserver la diversité des légumes cultivés, les producteurs BioBreizh s’engagent à ne pas utiliser les variétés issues de la stérilité mâle cytoplasmique (CMS) ou des nouvelles techniques de croisements des plantes (NBT), qui visent à développer des résistances aux maladieset bloquent la reproduction.

La sélection et la multiplication de semence, c’est :

1 site
de multiplication
végétal

17 serres dédiées

Une gamme testée de

350 variétés de populations

+ de 60
croisements de chou-fleur a l’essai

Biobreizh

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Les producteurs

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Le territoire

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